numéro
137-138
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Une histoire bien française par Michel Deguy
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Que le bushisme ait mené à des catastrophes, voilà un constat qui est aujourd’hui assez largement partagé – même si Paris abrite pas mal de vieux néocons qui, dans les dénis de réalité, ont quelque chose de commun avec les ex-staliniens (ce sont d’ailleurs parfois les mêmes, reconvertis).

Il y a quelques jours, dans le Monde, un « spécialiste » – un « politiste », un universitaire, je crois – dont j’ai oublié le nom, publiait un texte dont j’ai, également, oublié le titre. Si je n’ai pas eu le courage de retrouver le nom du penseur et le titre de son papier, c’est que son discours s’est déjà fait (et se fera encore) entendre sous diverses bavardes versions… : on pourrait d’avance donner les noms des beaux parleurs français qui nous serviront cette soupe dans de nombreux journaux, dans les radios ou les télés.

Donc, l’ours savant qui signait l’article auquel je fais allusion s’échinait à nous faire croire que les « néocons » avaient eu raison de vouloir exporter, fût-ce par la force, la démocratie dans le monde entier : ce subtil analyste trouvait, dans les révoltes ou révolutions que connaissent certains pays arabes aujourd’hui, la preuve de la clairvoyance, de la justesse et de l’efficacité d’une politique à la Bush. Pour lui, « nous », occidentaux, serions enfin en train de réussir à faire naître, dans le monde, des démocraties conformes à nos « idées » – et à nos intérêts.

Bien entendu, selon la pratique d’un certain nombre de ratiocinateurs imbéciles, il écrabouillait par son argument même ce qu’il prétendait défendre. Car – faut-il marteler ce que tout le monde constate tristement ? – c’est sans l’Europe, voire en dépit des Européens, que les récents mouvements de libération ont eu lieu, aux seuls risques et périls de leurs acteurs.

En fait d’exportation de la démocratie, on peut constater, avec accablement, que l’Europe s’est révélée et se révèle jour après jour décidée (moins par impuissance que par cynisme économique) à …. ne rien décider contre Khadafi ni contre les massacres qui, avec les armes vendues par des pays européens (et d’abord par l’Italie et par la France), sont en train de se commettre en Libye.

Quand changerons-nous d’Europe ?

 

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