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137-138
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Lascaux, la coiffe perdue, par Clayton Eshleman (trad. Bernard Bador)
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   La grotte de Lascaux avec ses 600 peintures et 1500 gravures est le plus magnifique exemple du paléolithique supérieur (-32.000- 9.000 ans) de la force créatrice de la culture humaine, surgie pour la première fois dans les couches souterraines en les sacralisant. La faune qui parcourt, trotte et galope sur les murs des galeries de Lascaux vieilles de 17.000 ans, si peinte par les hommes de Cro-Magnon, existe en dehors d’une dimension humaine – elle est 100 % animale, et à quelques exceptions près, dénuée de gestes anthropomorphiques. C’est seulement dans les signes obscurs surgissant autour et à travers les corps d’animaux, qu’un symbolisme suggère que ces animaux divins sont placés dans un contexte humain. De tels signes circulent autour des animaux soit comme les premières suggestions de corrals et de marquages, cherchant des moyens pour y entrer, ou comme gestes alphabétiques, reliant les pelages et les gestes des animaux aux changements saisonniers.

   Les réalisations spécifiques de Lascaux comprennent : les plus importants signes préhistoriques, l’usage d’un champ imaginaire, des modèles nets d’animaux dans chaque panneau décoré, des artifices de perspective, des souffles de museaux marqués par des points ou des traits courts, des apparences tachetées créées par des pigments en poudre ou liquides soufflées à travers des tubes en os, des crinières floues créées par de légers coups de tampon, des contours nets faits par des instruments de marquage.

   Il y a 25 couleurs, 10 rouges, 6 jaunes, 6 noirs et 1 blanc. Les 355 chevaux sont de toutes les couleurs, unies, composées, marron, noir, baie, gris-jaune et tachetés avec des robes d’été et d’hiver. Le plus grand des animaux dépeints est un aurochs polychrome de 5.60 mètres. 

   La zone appelée abside est un plafond en coupole, à 2.75 mètres au dessus du sol à un endroit, (ce qui nécessitait un échafaudage pour l’atteindre). Sur ses 3.05 mètres de diamètre, elle foisonne de plus de 1400 dessins gravés : animaux ou parties d’animaux, comètes, blasons, ovales, signes de crochet etc… L’impression générale créée par l’abside est d’une surface et d’un lieu si spéciaux qu’elle demandait d’être couverte de marques. En « saint des saints » de Lascaux, elle évoque une carte des étoiles primordiale autant qu’un labyrinthe visuel rempli de calembours, une sorte de Finnegan’s Wake du paléolithique.

   En-dessous et à l’ouest de l’abside est l’entrée du puits profond de 4.90 mètres. Dans les années 1960, fut découverte une corde en fibre végétale torsadée, suggérant que les gens de Cro-Magnon descendaient dans le puits à la corde. Sur son mur bas, à gauche de l’échelle en fer utilisée maintenant pour descendre, est la plus merveilleuse « scène » de l’imagerie du paléolithique supérieur. D’un côté, un rhinocéros poilu, de l’autre, un bison éventré répandant ses entrailles. De biais sous le bison, un homme à tête d’oiseau, nu et ithyphallique, fort probablement un chaman en fuite qui a fait tomber son bâton à tête d’oiseau en pénétrant le paradis du bison. Alors qu’il y a quelque 30 figures hybrides dans les grottes du paléolithique supérieur (y compris deux dans l’abside de Lascaux) qui peuvent être interprétées comme des hybrides magiques, l’homme à tête d’oiseau dans le puits est la preuve la plus solide que nous ayons d’un voyage mental proto-chamanique ou de rudiments de poésie, il y a 17.000 ans. 

   Ce que j’ai décrit brièvement n’est que quelques vraiment étonnantes images de Lascaux, le plus grand don de l’humanité, l’imagination naît, prend force et se réalise pleinement. C’est, pourrait-on dire, le site le plus spirituel sur la terre.
 

*

   Lascaux découverte à l’automne 1940 par plusieurs jeunes garçons, a été transformée (sans enquête archéologique) pour les visiteurs 8 ans plus tard, assiégée par les touristes pendant 15 ans environ, ensuite fermée au public (  cause des détériorations) en 1963. La grotte fut alors scientifiquement équipée pour permettre de brèves visites à de petits groupes de spécialistes. Le matériel fonctionna jusqu’en 1999 quand, apparemment, Philippe Oudin, architecte-en-chef des Monuments historiques, qui n’avait aucune expérience des grottes, décida de remplacer le vieil équipement d’air conditionné passif (qui avait parfaitement fonctionné pendant près de 40 ans) par un nouveau système à haute puissance. Bientôt, après une installation en dépit du bon sens et sans supervision adéquate par une société qui n’avait jamais fait cela, toutes sortes de moisissures et de champignons commencèrent à proliférer sur tous les 235 mètres de la grotte, couvrant certaines peintures et beaucoup de gravures.

   Onze ans plus tard, la grotte était dans un état bien pire qu’en 1999 et aucune des bureaucraties impliquées dans la santé de la grotte n’ont pris de responsabilité pour son état ni initié une nouvelle enquête scientifique de ses problèmes climatologiques. Ce qui suit est un calendrier de la tragique aventure de Lascaux.
 

*


1940 : Le 12 septembre, Lascaux est découverte par quatre jeunes garçons près de Montignac en Dordogne, France. Deux d’entre eux (Marcel Ravidat, 1923-1995 et Jacques Marsal 1926-1989) en deviennent les gardiens et les guides. Pendant la seconde guerre mondiale, la résistance y entrepose des armes.

1947 : La grotte est modifiée pour l’accès au public : l’entrée est agrandie, des escaliers et un sol en béton sont installés (sans étude archéologique des sédiments de la grotte) ainsi que l’électricité et une porte en métal.

1955 : En raison du grand nombre de visiteurs (avec un pic de 1700 par jour), l’élévation de la température altère l’hygrométrie de la grotte. Parfois des touristes s’évanouissent en raison de l’atmosphère viciée. De la vapeur d’eau se condense et coule le long des murs. Du pollen et des spores sont apportés par les chaussures des visiteurs.

1958 : Un système d’air conditionné est installé pour éliminer la dioxyde de carbone permettant aux visiteurs de respirer et d’abaisser la température. Cependant, la nouvelle machine souffle du pollen et des spores de partout. Un an plus tard, des colonies d’algues (appelées « maladie verte ») prolifèrent sur les murs et certaines peintures.

1960-1962 : La « maladie verte » continue de se répandre. A un moment, le « Cheval tombant » à l’arrière du diverticule axial disparaît dans une « prairie » d’algues vertes. D’opaques cristaux de calcite (appelés « maladie blanche ») ont été aussi repérés sur certaines peintures. Ce problème vient des niveaux de dioxyde de carbone, d’hygrométrie et de la température causés par les visiteurs.

1963 : Il est décidé de rendre la grotte à son état originel. L’équipement de l’air conditionné est arrêté et la grotte est fermée au public. Des antibiotiques et une solution aqueuse de formol stoppe la « maladie verte ». Avec l’arrêt des visites journalières, la « maladie blanche » disparaît. Le ministre de la culture, André Malraux, nomme une commission scientifique pour « étudier les changements dans la grotte, trouver des remèdes et redonner à la grotte des conditions stables. »

1965-1967 : Est installé un nouveau système de refroidissement pour contrôler et réguler la température et le niveau de dioxyde de carbone et de l’hygrométrie. Il traite les courants de convection naturelle pour réguler et maintenir le fragile bioclimat de la grotte. La commission scientifique a déterminé que les problèmes viennent principalement de la taille des groupes de touristes et du temps qu’ils passaient dans la grotte (augmentant ainsi la température et altérant l’hygrométrie) ainsi que du pollen et des spores apportées par leurs chaussures. La commission décide alors que la grotte, une fois stabilisée, pourra être ouverte cinq jours par semaine à cinq personnes mais pour pas plus de quarante minutes. Tous les visiteurs sont priés de décontaminer les semelles de leurs chaussures en les trempant dans une solution de formol avant de quitter le sas gardant l’entrée de la grotte. 

1972 : Etant donné la popularité de Lascaux et l’impossibilité de satisfaire les touristes, il est décidé de construire une réplique d’une partie de la grotte. L’entrée d’une carrière à quelque centaines de mètres en contrebas est choisie pour le site. Seules la rotonde et le diverticule axial qui contiennent la plupart des peintures mais aucune gravure seront reproduites. La construction débutée en 1980 est achevée trois ans plus tard. Lascaux II en béton reproduit les plus petits reliefs de l’original à quelques centimètres près. Monique Pétral, peintre de Dordogne, en copie tous les dessins et peintures.

1976 : Lascaux est stabilisée et la commission scientifique dissoute. Jacques Marsal en devient le principal gardien et guide jusqu’à sa mort en 1989. Pendant les 22 années qui suivirent, aucun problème dans la grotte. Ma femme Caryl et moi-même avons visité Lascaux six fois entre 1974 et 1997.

1998 : Un ingénieur du laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) remarque du lichen dans la grotte. Jean-Michel Geneste, nommé conservateur en 1992, apparemment ne fait rien.

1999 : Philippe Oudin qui supervisera dès lors tous les travaux dans la grotte décide de remplacer le vieux système d’aération par un nouveau censé être une amélioration avec deux énormes et puissants ventilateurs. Une société de plomberie et de refroidissement, sans aucune expérience des grottes, obtient le contrat.

2000 : L’installation du nouveau matériel commence. Les ouvriers doivent laver leurs chaussures, limiter leurs heures de travail et rester à l’écart des zones peintes de la grotte. Geneste qui accepte les plans et est supposé superviser l’installation (il vient une fois par semaine) rapporte que : « Les ouvriers nous ignorent souvent et ne désinfectent pas leurs chaussures. Ils ne gardent pas la porte fermée tout le temps; ils voulaient vite terminer le travail. » Il ne dit pas pourquoi il ne leur a pas fait de remontrances ni ne les a arrêtés. Isabelle Pallot-Frossard, directrice du LRMH, responsable des conditions biologiques de la grotte, ne fait aucune inspection pendant ce temps. La nouvelle installation exige d’enlever le toit du sas où se trouve le vieil équipement. Le toit est remplacé par une mince plaque de métal qui laisse les pluies torrentielles couler dans le sas et l’entrée de la grotte. Une restauratrice d’art, Rosalie Godin décrit le chantier comme un marécage avec des déchets de matériaux de construction de partout. « C’était une vision d’apocalypse » déclare t’elle. A cause de la rupture de l’équilibre climatologique de la grotte, des champignons commencent à faire surface dans la pièce de l’équipement et en un an ils ont colonisé la grotte.

2001 : L’installation du nouvel équipement d’aération est achevé. Un nouveau champignon se dissémine sur le sol et sur les affleurements au dessous des murs décorés. « On aurait dit qu’il avait neigé à l’intérieur de la grotte. Tout était recouvert de blanc » rapporte Godin. En septembre le LRMH identifie le champignon , le Fusarium solani, une moisissure virulente qui infecte ordinairement le sol et les récoltes; il se montre souvent si résistant aux traitements que tous les champs doivent être retournés et brûlés. Malgré une pulvérisation de fongicides, le champignon revient. Le traitement laisse sur les murs de larges taches noires de champignons et de bactéries de 9 à 13 cm de diamètre. Plusieurs tonnes de chaux vive sont épandues sur tout le sol pour stériliser la grotte mais cette opération ne fait qu’élever la température. Le système d’aération tout neuf est arrêté car il apparaît inapproprié. 

2002 : Christine Albanel, le nouveau ministre de la culture, nomme une autre commission scientifique pour «  évaluer les effets des traitements d’urgence et leur impact sur la conservation des peintures et des gravures. » En pratique, aucune nouvelle de leurs délibérations ne parvient à la communauté archéologique et encore moins au grand public. A ce stade, il semble que quatre personnes - Oudin, Geneste, Pallot-Frossart et Albanel – sont responsables de la santé de la grotte mais sans que quiconque doive rendre des comptes. Il n’ y a aucune surveillance internationale indépendante. Tandis que les champignons et les moisissures battent en retraite, les bactéries continuent à croître en de larges taches noires.

2003 : Des équipes d’ouvriers, habillés dans des combinaisons de protection biologique, en bottes et masqués travaillent régulièrement dans la grotte enlevant mécaniquement les champignons à la racine. Les premiers articles brisant le silence sur Lascaux apparaissent dans La Recherche et Le Point. Léauté-Beasley et son mari, Bruce Beasley, un sculpteur de Californie avec un groupe d’artistes internationaux forment le Comité international pour la conservation de Lascaux (ICPL), www.savelascaux.org. Ces sept dernières années, l’ICPL s’est battu pour briser le silence et contrecarrer les déclarations fallacieuses des autorités. 

2006 : De nouvelles colonies de taches noires apparaissent à l’entrée de la grotte. Elles sont mentionnées mais ni analysées ni traitées. En mai 2006, Léauté-Beasley pousse Time Magazine [Pdf de 4,7 Mo] à consacrer un article de fond à la grotte de Lascaux. Ecrivant à ce sujet dans le Wall Street Journal Lee Rosenbaum rapporte que Geneste « fumait contre Time Magazine dont l’article suggérait qu’il bâclait sa gestion de la grotte et que les peintures vieilles de 17.000 ans étaient en danger. » Geneste assura aussi Rosenbaum qu’il « n’y avait aucun dégât sur les peintures, que la situation était stable et que la croissance des champignons avait naturellement disparu des peintures. » Un membre de la commission scientifique créée en 2002 aurait déclaré : « Ils nous disent que la situation est stable mais c’est ce qu’ils ont dit d’Ariel Sharon. » A l’heure où Geneste fait le commentaire ci-dessus, des équipes dans la grotte trois jours par semaine enlèvent des champignons à la racine dont l’arrachage provoque des marques et des cercles noirs sur les peintures.

A la fin de l’année ces taches ont envahi toute la grotte recouvrant certaines peintures et beaucoup de gravures (y compris celles de l’abside). Les biologistes sont incapables de déterminer l’espèce, la cause et recommander un traitement. 

Le mur de cristal de calcite blanc brillant de l’abside, ce fond extraordinaire pour les animaux peints, a tourné au gris. 

Tentant d’exonérer le LRMH de sa responsabilité, Pallot-Frossard prétend que la crise de Lascaux n’est qu’une continuation des vieux problèmes de 1963. 

2007 : Le nouveau matériel inadéquat d’air conditionné est arrêté (mais sans être remplacé par un autre comme l’original qui avait bien fonctionné pendant près de 30 ans). Les taches noires continuent à proliférer. Le toit provisoire est encore là exposant la grotte au climat extérieur et aux précipitations. Parfois l’eau coule le long des murs et des peintures, puis suivent des périodes d’extrême sécheresse. En décembre, Léauté-Beasley et le ICPL réussissent à amener l’UNESCO dans le tableau ; Lascaux est un des premiers sites sur la liste des « Sites du Patrimoine mondial » de l’UNESCO.

En décembre le nombre des taches noires a triplé depuis l’été. On suggère maintenant qu’elles résultent de l’éclairage direct utilisé par l’équipe d’inspection et les restaurateurs d’art durant les dernières quatre années.

Il n’y a toujours pas de surveillance scientifique indépendante de la situation de Lascaux.

2008 : Les taches noires ont contaminé la moitié des murs décorés et affecté la plupart des 1600 gravures. En juillet, l’ICPL demande à l’UNESCO de mettre Lascaux sur la liste des Sites du Patrimoine mondial en danger (sans résultat). Durant ces huit dernières années l’administration de Lascaux a t’elle mené une enquête scientifique complète de la grotte avant de procéder aux traitement ? Non. Maintenant la commission du Patrimoine mondial a présenté à la France les exigences suivantes : 1) De faire une étude d’impact avant une nouvelle intervention. 2) D’inviter une mission de la commission du Patrimoine mondial pour examiner l’état de la grotte. 3) De soumettre à la commission un rapport de conservation pour mars 2009 sur les causes des dégâts (jusqu’à maintenant seuls les symptômes ont été traités). Christine Albanel, le ministre de la culture, propose d’ignorer les demandes de la commission et de continuer les mêmes travaux dans la grotte.

2009 : Christine Albanel met en place un symposium pour se pencher sur les problèmes de Lascaux. Elle y annonce la création d’un nouveau comité scientifique qui travaillera indépendamment de la direction non scientifique de gestion de la grotte. Cependant à la fin du symposium, Jean Clottes, son président et célèbre expert de l’art pariétal, déclare que la grotte n’est plus en danger ! Ceci en contradiction avec sa déclaration antérieure sur les « centaines ou plus de micro-organismes cohabitant et en interaction dans la grotte ».

Des scientifiques internationaux offrent leurs services pour former un groupe de réflexion. En août 2009, la France ne leur a toujours pas donné son autorisation. 

Fin 2009, la situation est la suivante :
Aucune étude sur les origines des dégâts n’a été lancée.
Aucun traitement n’a été trouvé pour stopper la prolifération des taches noires.
L’équilibre climatique de la grotte n’a pas été trouvé.
Le groupe de réflexion a été aboli alors que le nouveau ministre de la culture Frédéric Mitterrand avait, plus tôt dans l’année, accordé son autorisation. 
Il n’ y a toujours pas de supervision scientifique de Lascaux.


*


   Il est clair maintenant que les principaux responsables de Lascaux y compris ceux qui avaient autorisé l’installation du nouvel équipement ou les mesures préventives dans la grotte, comme je le comprends, Oudin, Geneste, Pallot-Frossard et Albanel (et depuis 2009 Frédéric Mitterrand) – ont, comme l’écrit Paul Bahn : « orchestré une politique de désinformation, de déni et de report du blâme depuis le début de la crise en 2000. » Léauté-Beasley explique qu’ : « Il est clair que les autorités chargées de la gestion de la crise de conservation de Lascaux ont, pour la plupart, une responsabilité directe dans cette crise. C’est pourquoi ils n’ont donné ni point de vue objectif ni analyse critique de ce qui a été entrepris depuis le début de la crise. Le comité scientifique qu’ils dirigent ne peut pas avoir l’approche critique nécessaire pour comprendre ce qui s’est passé, pourquoi et comment y remédier. La commission scientifique appointée par le ministre de la culture en 2002 se réunit deux ou trois fois par an pour revoir les actions des administrateurs. Les scientifiques du comité sont des consultants pas des décisionnaires. Soit venus de l’extérieur ou de l’administration de Lascaux, ils leur est interdit d’aborder les problèmes de Lascaux avec d’autres scientifiques en dehors de la commission. Cette situation par son manque de transparence est mortelle pour la grotte. »

   Tout le paléolithique supérieur est emballé, pourrait-on dire, dans un brouillard historique. Tous les termes de continent, région, zone, site, outil, arme, technique et esthétique sont imposés par l’histoire et le plus souvent par l’histoire moderne. Si c’est certes une évidence, c’est aussi un terrain glissant. Nombre d’associations subliminales ont relié la « France » à « l’origine de l’art. » Ce qui veut dire que fondamentalement Lascaux n’appartient pas à la France, mais au monde dont la France est une superposition historique.
Alors que ceci est vrai spirituellement, je ne connais pas de moyen pour l’imposer politiquement. Les Nations unies peuvent elles être sollicitées pour intervenir ? Le président français peut-il avoir l’intelligence et le courage de libérer la grotte de ce qui est aujourd’hui une strangulation honteuse des responsables et de confier Lascaux à un comité scientifique international de supervision?
Où est-ce trop tard ?
 

***


Notes : A l’heure de son écriture une partie de cet essai a pris des informations dans le site internet de Lascaux y compris des articles cités ici du Wall Street Journal et de Time et Archeology. J’ai aussi utilisé ma recherche sur Lascaux parue dans mon ouvrage, Juniper Fuse :Upper Paleolithic Imagination & the Cconstruction of the Underworld (Wesleyan University Press, 2003) et des données trouvées dans The Cave of Lascaux/The Final Photographs de Mario Ruspoli (Abrams, 1986) et Lascaux/ Movement, Space, and Time par Norbert Aujoulat (Abrams, 2005).


Clayton Eshleman

(trad. Bernard Bador)

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