numéro
137-138
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Dossier Trân Dân
Les conférences de Martin Rueff à la BNF
Entretien à la Maison de la Poésie (Paris) entre Jacques DARRAS & Michel DEGUY, en compagnie de Claude GUERRE, à propos de la revue PO&SIE dont sort le numéro 133.
Lascaux, la coiffe perdue, par Clayton Eshleman (trad. Bernard Bador)
Mademoiselle de Phocas, par Paul Edwards
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Mon Inverse

 

J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.

Renée Vivien, La Vénus des aveugles.

 

Une femme, Narcissa, devant un pan de glace,

Se reflète dans l’eau solide et ruisselante :

Son teint est transparence, mais bleuie est sa face,

Elle peint à l’eau à même la vie mouvante.

Un cœur d’éther roidit sa peau et ses artères,

Un panorama file des deux côtés, et vite –

Mais lentement ses yeux se durcissent en pierres.

Quel spectacle la vie ! Quelle scène s’agite

Pendant qu’elle, immobile, frissonne en vieillissant,

Photographe sadique, en fuyant la chaleur ?

Toujours devant sa glace, pour créer un monument,

D’un barreau de prison, au soleil qui se meurt.

 

 

MY INVERSE IMAGE

 

I dreamt I slept beneath a shroud of ice.

Renée Vivien, Venus of the Blind.

 

A mirror on the wall, and there stands Narcissa,

Shakes a head of gold before an icy pillar:

She breathes transparency, her face is blue,

The world becomes a liquid when she moves.

Her heart will etherise, her blood evaporate,

Her veins will freeze, the world accelerate—

Already both her eyes are weak and cold,

They petrify; she stiffens and is old

While all about is life and speed and joy.

A cruel sport that makes slow time a toy.

She made a monument to freeze the sun,

A crystal coffin all her days to come.

© Paul Edwards

 

 

Mademoiselle de Phocas est un roman illustré par la photographie, élaboré au sein de l’Ouphopo (Ouvroir de Photographie Potentielle) et du Collège de ’Pataphysique. Le Collège de ’Pataphysique a été fondé en 1948 par Emmanuel Peillet, Raymond Queneau, Jean Ferry, Noël Arnaud, Maurice Saillet… autour de la Maison des Amis des Livres d’Adrienne Monnier, et s’inspire principalement de la vie et des œuvres d’Alfred Jarry. Le Collège continue ses activités de nos jours (spectacles, conférences, expositions, éditions de luxe…) et sa revue est publiée tous les trois mois. La Sous-Commission la plus connue du Collège de ’Pataphysique est l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle). L’Ouphopo (photographie) a été fondé en 1995, publie une revue et organise des expositions.

Mademoiselle de Phocas est un roman.

Mademoiselle de Phocas est une série d’illustrations photographiques.

Le roman : Mademoiselle de Phocas s’inspire de Monsieur de Phocas, roman de Jean Lorrain paru en 1901. Mademoiselle de Phocas est la mise à jour du roman de Lorrain, le Paris de la « Décadence » étant remplacé par le Paris « Gothique » des jeunes d’aujourd’hui – mouvement à la mode qui se réclame précisément de Lorrain, Baudelaire, Jarry, Rachilde… Le peintre dans Monsieur… est photographe dans Mademoiselle… Mademoiselle de Phocas est un roman d’amour, d’hypnose, d’art et de crime. Écrit initialement en français et publié en feuilleton en 23 fascicules accompagnés de petites enveloppes contenant des tirages photographiques, l’édition proprement bibliophilique est celle de la traduction anglaise. Les dix boîtes contiennent un ex. du roman en édition de luxe, un jeu de tarot photographique original (78 photos), une brochure explicative, un dessin original, des photos supplémentaires dans de petites enveloppes, etc. L’essentiel est le jeu de tarot. L’idée principale est d’accompagner un roman d’une série de photos qui constitue une véritable illustration de l’histoire, mais de façon ludique, d’où le jeu de tarot photographique. Un jeu de tarot divinatoire, mais détourné. On peut considérer le résultat comme un jeu de société surréaliste.

Une partie de l’activité de l’Ouphopo est l’élaboration de contraintes, comme pour l’Oulipo. Et parmi ces contraintes figurent des contraintes littéraires. Ainsi, diverses réalisations ont montré de nouvelles manières de faire rencontrer contes et photos. Par exemple : une série de photos prises à Rome pour illustrer le roman de Jarry Messaline ; ou encore un spectacle de marionnettes (théâtre d’Épinal) construites entièrement avec des photos publiées dans le roman Bruges-la-Morte de Rodenbach. Parallèlement, il fallait connaître tout ce qui s’était déjà fait en matière d’illustration photographique depuis l’origine de la photographie, c’est-à-dire écrire son histoire et répertorier toutes les fictions photo-illustrées publiées en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis entre 1839 et 1939. Après seize ans de recherche, est paru Soleil noir. Photographie et littérature, des origines au surréalisme, Presses Universitaires de Rennes, 2008. 

Pour le projet « Mademoiselle de Phocas » :

• le personnage principal est photographe et le roman décrit ses prises de vues

• certaines illustrations sont les photos prises par ce personnage fictif

• le lecteur doit jeter les cartes du tarot photographique à la fin de chaque chapitre pour prédire l’action du chapitre suivant, en se servant de la brochure explicative, qui est une réécriture ludique des significations ordinairement attribuées au tarot divinatoire de Marseille. Ça marche, car prédire le futur est un jeu littéraire.

Les images sont majoritairement des macrophotographies d’insectes et s’inspirent de la scène musicale de l’underground où l’insecte est un symbole privilégié. Il existe depuis la fin des années 70 toute une iconographie de métamorphose kafkaïenne et de biomécanique tirée largement de l’anatomie des insectes et d’autres animaux segmentés, comme c’était le cas pour l’Art Nouveau. De même, les écrivains symbolistes et décadents de la fin du xixe siècle et du début du xxe, ont puisé dans un bestiaire « gothique », maldororien, monstrueux, fœtal et simiesque, dont se réclame l’underground musical aujourd’hui.

Ainsi, Mademoiselle de Phocas et ses illustrations, malgré une diffusion restreinte au sein de l’Ouphopo et du Collège de ’Pataphysique, est une œuvre résolument moderne, mais consciente de sa place dans les traditions photolittéraires.

Contact :

paul.edwards@mageos.com / ouphopo.org / myspace.com/ouphopo

 

 

 

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