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« Pour » Christiane Taubira par Claude Mouchard

Novembre, 2013

 

Le 8 novembre 2013

 

Pour Taubira ? Dérisoire, bien sûr, de prendre la parole ici, sur ce site « pour Po&sie » (sur l’un des rares sites qui cherchent à travailler « pour la poésie »).

Ne sommes-nous pas ultraminoritaires ?

Ce site et la revue Po&sie sont évidemment invisibles pour tous les insulteurs ou insulteuses de Christiane Taubira. Je n’imagine même pas qu’un seul de ceux qui, minablement, refusent de condamner haut et clair les insultes contre la Garde des Sceaux, soit un lecteur de Po&sie ou en général de la poésie, quelle qu’elle puisse être.

La poésie, pourtant, si rejetée ou simplement ignorée qu’elle soit par les voix politiques et médiatiques ou quelle que soit sa manière de se tenir à l’écart, est souillée dans ses ressources langagières mêmes par les souffles répugnants qui semblent trouver libre cours en France aujourd’hui.

Il est écoeurant que les députés UMP aient refusé, en restant ostensiblement assis, de s’associer aux paroles du gouvernement qui condamnaient les attaques racistes contre Christiane Taubira.

Et il est consternant qu’il ait fallu deux jours au président de la République pour réagir à ces crapuleries.

L’une des sources sociales de l’imbécillité raciste (dont la droite cherche cyniquement à tirer bénéfice et que la gauche n’ose pas affronter), c’est un journaliste de télévision, Harry Roselmack, qui a su, dans Le Monde du 6 novembre 2013, en mots très simples, la définir  en parlant de la « xénophobie » et de « son bien étrange carburant : la jalousie envers plus mal loti que soi. »

Et c’est un autre homme de médias, l’acteur François Morel qui a trouvé les phrases et le ton pour parler sur France-Inter, de ou à l’accablante gamine de dix ans qui se fit l’agresseuse de Taubira...  « Mais que vas-tu faire de ta vie, petite conne ? » scanda Morel, inquiet non seulement pour l’enfant (décérébrée par ses parents ou sa famille et, probablement, par tout un entourage), mais aussi pour « nous ».

La poésie, quelle que soit l’exclusion dont elle est massivement l’objet, vit et tremble, plus que tout autre parole peut-être, dans l’air du temps.

Rétrospectivement, à lire et relire certains poètes du XXème siècle, on constate que leurs vers, quasi ignorés lorsqu’ils parurent, avaient été capables de capter – dans leur sensibilité aiguë aux rapports langagiers et par l’exposition de leur propre justesse interne aux déchaînements en gestation – des imminences historiques massives auxquelles les discours politiques restaient aveugles et sourds.

A nous, ultraminoritaires, de ne pas parler et écrire comme si rien du pourrissement idéologique qu’on peut sentir dans l’espace français et européen n’avait ses tenants et aboutissants partout autour de nous, entre nous, dans l’air même où nous respirons et tentons, encore, de former des poèmes.

Remarque annexe :

C’est peut-être, ici, le moment de souligner que Po&sie, qui a souvent publié des poètes africains (récemment encore : le grand zimbabwéen Dambudzo Marechera), entend se donner plus décidément, comme l’une de ses quêtes obstinées, une orientation « Afrique(s) ».

On trouvera donc, dans la revue papier et sur le site, des publications régulières d’auteurs africains.

Il s’agit, certes, de traduire et publier ce qui peut nous venir d’Afrique... Mais il s’agit aussi de tirer des conséquences ou des effets de ce que nous (re)découvrons.

Le congolais Sony Labou Tansi (1947-1995) fut un magnifique écrivain (poète, romancier, dramaturge, essayiste) francophone, auqeul Po&sie reviendra bientôt.

Mais qui sut, en France, à Paris, réellement entendre  Sony Labou Tansi? Qui tira effets et conséquences de ses créations toutes d’effervescence en même temps que d’une extrême lucidité ?

Aujourd’hui se manifeste un désir de recevoir plus pleinement cette œuvre essentielle.

On signalera simplement : 1/ le superbe travail d’édition de la Revue Noire, 2/ le colloque "Sony Labou Tansi en scène(s)", les 14 et 15 novembre 2013, au CNSAD, 2 bis rue du Conservatoire 75009 Paris.

Claude Mouchard

 

 

 

 

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